Psychanalyse versus groupes de parole
Published Date: April 25th, 2009Category: Bienfaits, Thérapie de groupe |
Un point commun pour que ça marche, c’est la réserve : se contraindre à aller à l’essentiel sans entrer dans les détails insignifiants. Ne pas avoir le temps de tout dire puisque la séance est trop courte ou le temps de parole est limité. Un groupe de parole/séance d’analyse n’est pas un groupe/lieu de bavardage. Il va donc falloir choisir de dire ce qui nous fait le plus mal, de supporter une certaine frustration. Ce qui permet - peut-être - de prendre du recul et d’élargir son point de vue sur la réalité quotidienne, de s’éloigner du ressassement improductif, si tentant pour beaucoup.
Je me suis sentie rappelée durement à l’ordre dans une séance où je voulais détailler, par un “Vous avez l’impression de travailler ?”. Le psy peut laisser faire, après tout il est payé pour écouter et s’ennuyer et on peut faire mine de confondre ressassement et association libre ! Alors que le modérateur d’un groupe de parole, s’il a de l’expérience, va réussir à couper en douceur celui qui parle trop.
Une grosse différence, c’est l’égalité qui règne dans les groupes de paroles. Le modérateur devrait simplement veiller à ce que chacun ait la parole, et ne pas l’accaparer. Les participants sont tous égaux et les êtres humains ont tant de choses en commun, y compris ce qu’ils croient être leurs pires secrets. En analyse, à moins que le psy ne nous renvoie un “On est tous…” à l’énoncé de cruels souvenirs, il se laisse souvent maintenir dans une position de supériorité. Sinon, le transfert risquerait de s’interrompre s’il tombait de son piédestal.
Quel est le but ?
Pour l’analyse, retrouver des souvenirs et interprêter les problèmes présents à la lueur des traumatismes passés.
Pour les groupes de parole, apprendre à lâcher-prise, ce qui est bien résumé dans la prière de la sérénité, récitée en commun dans les groupes en douze étapes* : accepter les choses que l’on ne peut changer, le comportement des autres, leurs maladies (alcoolisme, dépression, etc…), le départ des enfants, la rupture, l’échec professionnel, la séparation, la mort… Lâcher prise, c’est reconnaître son impuissance à contrôler les autres, c’est les laisser prendre leurs responsabilités et assumer leurs erreurs, ne pas faire à leur place ce qu’ils peuvent très bien faire eux-mêmes, s’occuper de soi et décider de tourner ses pensées vers autre chose que les obsessions.
*les groupes en douze étapes sont des groupes de parole qui appliquent le programme de rétablissement inspiré de celui des Alcooliques Anonymes