|
|
|
| CHOIX DU PSYCHANALYSTE |

L'un des éléments qui a déterminé le choix de mon analyste était son regard.

J'ai cru détecter un intérêt avide pour ma personne dans le premier regard qu'il m'a jeté,
regard que je qualifierai de "un peu lubrique". Bien sûr cela est en résonnance avec mon
expérience et mon vécu.

Cet exemple démontre à quel point aucune de nos actions n'est libre,
mais comment elles sont conditionnés par la projection, et par la compulsion de répétition.
Sans analyser en détail ce "regard lubrique", il est clair que j'avais déjà connu cela dans
ma vie personnelle, à des moments où ma personnalité était en train de se construire et que
c'est sur ce mode seulement que je concevais l'intérêt pour ma personne.
|
| |
| ARRÊTER DANS SON ÉLAN |

Quand vous me connaîtrez mieux, ou quand vous me connaîtrez comme mon psy
me connaît ou comme je me connais maintenant moi-même, vous saurez à quel point cette
description : "arrêtée dans mon élan", caractérise ma vie telle qu'elle a été avant mon analyse.

C'était exactement ainsi que je me sentais, capable de réussir, mais arrêtée dans mon élan par
des fils invisibles qui m'empêchent de m'envoler vers la réussite. D'ailleurs dans ma demande
d'analyse, je formule le souhait de briser ces liens invisibles pour pouvoir vivre vraiment.

Ma vie passée a été émaillée d'échecs que l'on peut résumer ainsi :
"J'étais arrêtée dans mon élan". Pour prendre quelques exemples, lorsque enfant,
je cours pour insulter le "grand" qui a frappé une camarade, je m'étale de tout mon long.
Lorsque prise d'enthousiasme, je me congratule pour mes progrès et ma réussite, je produis
une erreur fatale qui réduit à néant tous mes efforts.
|
| |
| SOUFFRANCE |

Le grand psychanalyste Erich Fromm a bien décrit dans son livre
L'art d'Ecouter les indications de la psychanalyse. Il montre clairement que cette
technique difficile n'aura de succès que si le patient a vraiment "touché le fond"
et qu'il ne peut plus s'accomoder de sa maladie.

La névrose avait pour but jusqu'à la décision d'entrer en analyse, de trouver des solutions
et des compromis pour vivre "pas trop mal" malgré les problèmes de personnalité et les peurs
du patient.
>> en savoir plus sur les idées d'Erich Fromm
|
| |
| LA CHUTE DU SURMOI |

L'été approchait et j'annonçais une fois de plus au psy ma décision de
terminer mon analyse, s'il ne m'encourageait pas à devenir psychanalyste, auquel cas
j'aurais pu poursuivre un peu... Comme j'évoquais mon angoisse, le psy passa à l'attaque.
Il me demanda si elle était en rapport avec ma curieuse façon de vouloir arrêter l'analyse.
Il me contraignit à avouer que c'était pour ne pas faire comme tout le monde,
pour me singulariser.
Comment pouvez-vous autoriser les autres si vous ne vous autorisez pas vous-même ?

Je me sentais vaincue, à terre, comme si le psy m'enfonçait dans la boue de la médiocrité,
de la normalité. Et en même temps soulagée, avouant ma faiblesse, mon impossibilité à en faire
plus. Depuis j'en ai versé des tonnes de larmes, la fatigue m'a envahie. Le psy m'a dit que
j'avais donné un bon coup à mon surmoi. Je me suis saisie de ce mot, je me suis vautrée dans
les pleurs, privée de ce dopage, de cette cocaïne, de cette amphétamine.
Je me retrouvais faible, épuisée, lamentable, réclamant mes arriérés de vacances,
affolée à l'idée de ne plus pouvoir travailler, me croyant encore indispensable jusqu'à un
« Pourquoi ?» moqueur du psy.

Je me suis baignée dans ce néant, en m'accrochant tout de même à quelques activités :
faire du jogging, développer de nouvelles amitiés. Chaque effort éclaircissait temporairement
le ciel, mais il ne se passait pas un jour sans que la sensation du néant ne se manifeste.
Avec un sentiment de perte qui me faisait me demander si tout cela valait la peine d'être
entrepris.
|
| |
| L'ABANDON DES ILLUSIONS |

Parfois l'interprétation précède son effet...
C'est dur d'abandonner ses illusions, a dit le psy.

O combien ! Au moment d'admettre que je ne suis pas la meilleure du monde, je me suis sentie
en état d'hypnose, comme écrasée par un rocher qui se faisait de plus en plus énorme,
jusqu'à envahir toute la pièce et m'empêcher de respirer. Je me disais que quand je me lèverais
du divan, je n'aurais qu'à pousser ce rocher qui représentait le poids écrasant de mes illusions.
Comme mes illusions m'ont écrasée ! poussée à multiplier les actions les plus stupides les unes
que les autres. L'amertume de voir que mes efforts étaient vains et que les circonstances
qui démasqueraient mes qualités étaient bien peu nombreuses et aléatoires, l'amertume
de ne pas me sentir reconnue à la juste valeur que je me donnais, la plus haute,
la colère et l'incompréhension devant toute critique quelle qu'elle soit !

Finalement le psy a pris du grade en psychanalysant la meilleure du monde !
Mais cela doit lui arriver si souvent !
|
| |
| LA TRISTESSE DES RENONCEMENTS |

Extrait de mon journal...
A un retour de vacances, c'est la tristesse qui domine. Tristesse de devoir quitter le
psy car je sais que mon analyse est finie. J'ai renoncé à tout, il ne me reste rien à quoi
je devrais renoncer, sinon à mes rencontres avec le psy. Quand j'aurai renoncé à cela, ce
sera fini. J'ai même supprimé la psychanalyse de mon budget à partir de l'été. Ma vie est
faite d'un sentiment de vide et de tristesse intense à la pensée de l'absurdité de la vie.
Je suis au milieu de ma vie, elle s'étend toute droite et monotone devant moi. J'ai renoncé
à tant de choses : à être jeune et belle, aimable, séduisante, à être le centre du monde, à
être la préférée du psy. Je viens de m'apercevoir que j'avais renoncé à changer le monde,
j'ai renoncé à être écrivain, à être riche, à être célèbre, à être psychanalyste !
Je n'avais pas le choix, je ne pouvais pas continuer à vivre ainsi, j'allais en mourir,
mais j'en veux au psy de m'avoir dépouillée de toutes ces illusions. Elles sont parties
beaucoup plus tard pour moi que pour la plupart des gens. Il n'y a plus rien à quoi renoncer.

En même temps, je suis déterminée à vivre, à oublier cette triste réalité. J'apprécie le soleil, un beau paysage, une amitié, la bonne nourriture. Je voudrais profiter des joies simples et des menus plaisirs qui font la beauté de la vie, comme dit si justement ma cousine que je ne méprise plus (je la méprisais pour cette philosophie).

Peut-être que j'ai hâte d'en finir avec le psy pour retomber dans mes folies ! Après tout,
je survivrai bien encore la seconde moitié de ma vie, et en vieillissant on continue à renoncer.
Du reste, j'ai beaucoup appris à renoncer.
Alors pourquoi je pleure ?
|
| |
| L'AGRESSIVITÉ SUBLIMÉE EN DÉSIR DE SAINTETÉ |

Extrait de mon journal...
Aujourd'hui il est clair que mon départ prématuré en vacances a bloqué l'irruption de
l'agressivité qui se profilait au fil des séances précédentes. J'exprimais la peur de
mon agressivité et comment j'avais été dressée à la gentillesse. Le psy m'encourageait
à la colère. Au cours de mes vacances, je me suis trouvée dans l'indulgence et
je pouvais aimer tout le monde, atteignant ainsi un idéal de sainteté qui me faisait croire
que mon analyse était finie.

C'était une fois de plus une grande résistance. Je me suis alors concentrée sur ma douleur
de quitter le psy, puisque j'avais atteint une douce souffrance qui ressemble au bonheur
extatique des saints et des martyrs. J'avais placé le psy dans la position du curé de mon
enfance qui vivait et me proposait comme exemple la sainteté.
|
| |
| TRANSFERT AMOUREUX - CONTRE-TRANSFERT |

Extrait de mon journal...
Au cours de cette période, je voulais maintenir présente cette souffrance modérée qui me
préservait de sentiments plus forts que je craignais. Je ne pouvais envisager de lire un roman,
craignant d'y trouver l'expression violente de sentiments forts. J'envisageais d'interrompre
brutalement mon analyse pour éviter de souffrir trop. Ce qui me permettrait sans doute de
retourner à mes folies. Je renonçais donc, le psy me le disait mais cela ne me paraissait pas
logique, à ce faux idéal de sainteté. Il ajoutait : qui me forçait à réfréner mon agressivité.
Je rétorquais que je n'éprouvaits aucune agressivité. Une fois ce gros chagrin de séparation
passé, j'ai pu évoluer vers un chagrin plus dur encore, vers la souffrance amoureuse qui
s'accroche à un espoir vain.

Ce jour-là, le psy avait oublié un verrou entre lui et moi. Que penser de ce contre-transfert ?
Il pansa mes plaies avec douceur, en termes choisis, en en disant juste assez :
non, ce qui se passe dans la situation analytique n'est pas une illusion, il se passe quelque
chose d'important, même si ce n'est pas ce qu'attend le patient dans la réalité.
Oui, il arrive au psy de penser à ses patients en dehors des séances.

Libérée de mes larmes trop fréquentes, je pouvais me laisser aller au soulagement de n'avoir
pas à être une sainte, éprouver des sentiments de jalousie, de rancoeur. Et les exprimer
le jour suivant par des critiques acerbes et saignantes. Mais aussi soulagée de mon
endolorissement moral, je pouvais envisager de me libérer de mon endolorissement
physique par une consultation ostéopathe, et constater à quel point je me complaisais dans
cette douleur. Toute ragaillardie par ce bien-être, j'exprimais sans m'en rendre compte
toutes sortes de choses (vive l'association libre !). Le psy parut encore une fois
me sanctionner. Alors que j'étais très contente de moi, il me parut froid, prêt à me taper
dessus dès que je relevais la tête. Et il m'offrit une séance supplémentaire.
Cette offre qui m'aurait fait sauter de joie une séance plus tôt, me vexa.
Me trouvait-il tellement mal ? Une insomnie me fit comprendre mes sentiments de jalousie
vis à vis d'une collègue qui a réussi. Et toute l'agressivité refoulée qui avait été évoquée
pendant cette séance, agressivité retardée par les vacances, dont je sentais la menace
déferlante, j'entrepris de la pleurer.

Et pratiquement je n'ai fait que pleurer pendant les deux années qui ont suivi !
|
| |
| TRANSFERT - CONTRE-TRANSFERT ENCORE |

Extrait de mon journal...
Il y a longtemps que je n'ai pas écrit. Il n'y avait rien à dire.

Après les longues vacances du psy, j'ai envisagé de me passer de lui et de ne pas aller à ma séance.

De retour, j'évoque la force que j'éprouve, force extraordinaire, à déplacer des montagnes, le psy a l'air très satisfait de moi.

Puis de nouveaux les pleurs lorsque je dois renoncer, dans ma vie professionnelle, à compenser mes échecs par une réussite grandiose, renoncer à vouloir jouer un rôle.

J'ai de nouveau touché le fond, cette fois, il me semble que c'est vraiment le fond.

Mais le renoncement le plus dur, c'est celui d'être tout pour quelqu'un, tout pour le psy.
Il me réconforte, me dit les paroles que je lui souffle, que je suis exceptionnelle, que je ne
suis pas banale. Je suis sous le choc de ces paroles caressantes, j'ai peur qu'il m'aime,
que je lui pose un problème et je fais le pari qu'une manifestation de contre-transfert
se produira à la prochaine séance. Elle se produit en effet, mais de ma part
(j'arrive en retard à ma séance). Comme je me refuse à évoquer cette situation,
je dis n'importe quoi, je gâche la séance, voulant contraindre le psy à me jeter dehors,
sachant que de toute façon il devra me mettre dehors. Il proteste que seules des contraintes
de temps l'y obligeront. Le sujet glisse sur la fin de l'analyse. Une fin si laide ne me plait
pas. Pourtant au début de la séance, le psy m'a dit que, comme mon analyse avance...
|
| |
| FIN DE L'ANALYSE |

Extrait de mon journal...
ll m'a dit qu'il ne fallait pas remplacer un surmoi par un autre en trouvant suspect
tout ce que mes désirs me dictent, même si on pouvait parfois analyser ses motivations.
Il m'a dit que j'avais cessé d'être celle par qui passe la vie des autres.
J'ai eu l'impression que j'étais guérie. De là peut-être mes tentatives pour me rendre
désagréable afin de faciliter la rupture. Le psy dit que j'ai peur qu'il ne veuille pas me
lâcher. Quand je lui dis enfin que je ne suis pas d'accord pour que la psychanalyse s'arrête
comme cela, parce qu'on n'a plus rien à dire, il conclut la séance par un OUI, interro-négatif,
négato-positif. Veut-il dire que j'ai raison de ne pas être d'accord ? Ou que Oui,
la psychanalyse s'arrête parce qu'il n'y a plus rien à dire.
C'est bien ce que j'ai lu d'ailleurs.

Pourtant je veux finir sur des mots sublimes, lui dire que je l'aime et que je l'aimerai
toujours, le remercier pour tout le bien qu'il m'a fait, et de ne m'avoir jamais fait faux
bond.
|
|