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Ma fin de l'analyse

La fin de l'analyse se profilait cet été où j'ai passé deux mois sans souffrir des vacances du psy. Au contraire j'allais beaucoup mieux quand je ne le voyais pas que quand je le voyais. J'avais préparé une lettre dans laquelle je lui disais que je voulais garder la partie sociale de ma névrose.
Puis vers la fin des vacances, j'ai lu un article dans Psychologie Magazine qui disait que : vouloir garder sa névrose, c'est une résistance. Alors j'ai paniqué et j'y suis retournée.
Comme j'évoquais en séance la possibilité de ne plus revenir, j'ai commencé à accepter l'idée que - tant pis pour lui - mon psy allait devoir connaître l'échec. (Il faut préciser que ma névrose comporte le fait d'éviter la souffrance à l'autre). Puis petit à petit a germé en moi l'idée que si j'arrêtais là mon analyse, ce serait peut-être plutôt un succès qu'un échec...
 
Réussir la fin

Ensuite la question n'a plus été de terminer, mais de bien terminer. Je devais être capable d'aller dire en face à l'analyste que j'arrêtais là, d'affronter ses objections, ou son silence, sa réprobation éventuelle, car je n'imaginais pas qu'il puisse considérer comme terminée une analyse dans laquelle la patiente est encore et toujours en train de pleurer sur le divan. Et surtout d'affronter l'idée qu'il ne m'encouragerait pas à arrêter, qu'il ne me dirait pas comme il m'avait dit au début : Eh oui, c'est le moment !
Lui écrire, c'était lâche. J'ai toujours refusé la lâcheté.
Le hasard m'a fourni la solution car j'allais devoir manquer une séance. Je n'avais pas pu le prévenir à cause des vacances, et j'étais déterminée à refuser le masochisme de payer une séance manquée pour des raisons professionnelles.
Je l'ai donc appelé pour le prévenir que je ne reviendrais pas, et comme je suis tombée deux fois sur le répondeur, j'ai fini par laisser un message. J'ai osé être lâche.
Ensuite j'ai fantasmé que le soir, la famille de mon psy allait faire la fête parce qu'il était enfin débarrassé de moi.
Mais je me dis maintenant qu'il a peut-être fait la fête parce qu'il avait mené à bien une cure.
 
Quand l'analyse se termine par une scansion...

Parlons maintenant de la dernière séance.
Je l'ai abreuvé de reproches.
Il ne m'a pas comprise, il ne m'a pas donné la consolation que j'attendais, il m'a traitée aussi mal que les pires sadiques que j'ai rencontrés dans ma vie. Paroles injustes, reproches injustes. Il a accompagné par ses Oui, toutes mes paroles de dévalorisation, il a eu l'air de me croire quand je m'accusais des pires fautes et manquements. Il ne m'a pas fait confiance, il s'est posé en arbitre inflexible dans certaines situations que j'évoquais. Il a nié mon intelligence, mon courage, mon énergie. Devant lui, je me suis sentie si misérable !
Eh bien, tout cela c'était de la projection !
Il a arrêté la séance au bout de vingt minutes sur ce terme « misérable ».
Il a sanctionné (scansionné) mon misérabilisme.
 
La théorie, le moyen qui justifie la fin...

Je peux enfin aborder cette question de la fin sous un angle théorique. Je relis ce qui s'est passé sous l'éclairage de textes, notamment trouvés sur le site de Dam's http://damienfree.fr.free.fr/sommaire.htm
On place l'analyste dans la position de celui qui sait. Mais on découvre que l'analyste ne sait rien. Je dirais par exemple que mon analyste n'a pas compris pourquoi je passais mes séances en pleurs sur le divan, et qu'il n'a pas capté les interprétations pertinentes que je lui faisais à ce sujet.
De même après avoir essayé désespérément de le satisfaire, j'ai fini par découvrir qu'il n'avait aucun dessein pour moi.
La « chute du sujet supposé savoir » c'est découvrir que mon analyste n'est qu'un être humain, qu'il commet des erreurs, comme par exemple montrer son contre-transfert. Pendant la seconde moitié de l'analyse, j'ai poursuivi malgré le sentiment, étayé par des faits bien réels, que mon psy ne m'aimait pas, qu'il me supportait à peine, qu'il ne me faisait pas confiance, et abusait de son pouvoir. Cela n'a sans doute pas facilité la cure, cette obligation de faire confiance (associer librement) à quelqu'un d'hostile. Mais cela aussi faisait partie de ma névrose et je l'ai d'ailleurs mis en scène à cette époque dans mes passages à l'acte.
Mon analyste n'a eu que le mérite de maintenir le cap sur une mer agitée !
Je cite Dam's :
« A la fin de l'analyse, le sujet prend la mesure de la théorie (son fantasme*) qu'il s'est donnée pour soutenir son désir*. Il sait quel type d'objet règle ce désir (ce qui fait la singularité* de ses goûts dans tous les domaines, comme la raison de ses terreurs éventuelles). »
Et bien, mon fantasme se résume à un mot : misérabilisme.
J'ai passé ma vie à jouer à être la plus pauvre, la plus méritante, la plus exploitée, la plus travailleuse, la plus humiliée, la plus malheureuse, la plus repentante. Je l'ai joué aussi sur le divan que j'ai inondé de pleurs. Je l'ai joué en séance en multipliant les auto-accusations et auto-dévalorisations.
J'ai placé mon psy dans la position de ces êtres sadiques tels mon ancien chef qui ont abusé de moi (avec tout mon consentement).
Alors j'en suis là et cela me convient :
« elle (la psychanalyse) soulage de l'Autre, du poids de son regard inquisitorial et de ses tourments surmoïques. À la fin de l'analyse, le sujet s'installe dans le monde en inventant la façon de l'habiter, en réinventant ou en confirmant des solutions adoptées au cours de sa vie en fonction de son fantasme. »
 
Bilan de sept années

Voilà un an que j'ai arrêté ma psychanalyse (on va dire terminé).
Pas une fois mon psy ne m'a manqué.
Pas une fois je me suis dit que j'étais bonne pour y retourner.
Auparavant, quand j'étais agitée, ou angoissée, je me voyais contrainte de retourner sur le divan (je rempilais pour six mois ou un an, au choix).
J'ai continué à m'auto-analyser avec l'aide d'un ami qui m'aidait dans l'association libre. Puis cet ami a disparu.
Une réalisation qui aurait fait plaisir à mon psy : j'ai réussi à me décider à changer de travail.
Mon problème de travail a souvent occupé les séances, en effet. Je me suis laissée martyriser par mon chef, comme je m'étais laissée martyriser par mon psy.
Je vois les bienfaits de la psychanalyse chaque fois que j'expérimente ma liberté. Chaque fois que je peux ressentir du bonheur sans me sentir angoissée. Je ne me sens plus mise en danger par les qualités des autres, et qui plus est, cela est vrai qu'ils soient hommes ou femmes.
Côté sexualité, tant que j'étais en analyse, j'estimais que je pouvais continuer à m'adonner à mes fantasmes masochistes et incestueux.
Avec l'arrêt de l'analyse, j'ai cessé de m'autoriser ce type de fantasme, cherchant surtout à me concentrer sur le respect de moi-même, ne jamais cesser de me respecter.
Je dois dire que j'ai rechuté une fois, où j'ai évoqué un fantasme incestueux. Au lieu de me précipiter toute penaude chez mon psy, je me suis dit que l'humain est faillible, et que j'étais en route, que rien n'était perdu, que je continuerais à progresser.
 
Bilan de huit années


Dans "Un métier impossible, psychanalyste", on compare la psychanalyse à une opération. La plus réussie est celle qui laisse le moins de traces.
J'ai parfois du mal à me rappeler tout ce qui s'est passé dans mon analyse.
Je me suis surprise à passer devant chez mon psy sans même en être consciente, ce que je n'aurais jamais cru possible.
Pourtant cette année j'ai bien failli repartir pour une seconde tranche. A la rentrée de septembre, le colmatage de mon emploi du temps par de nombreuses activités, toutes tournées vers le dévouement à autrui, a paru suspect à certains.
J'ai bien failli les écouter, seul le temps me manquait pour retourner chez mon analyste.
Le doute sur la nécessité de retourner chez le même psy ou de changer pour une psy femme et bienveillante, m'a retardée. Et la peur de repartir dans les interminables conflits à propos des horaires et des séances manquées.
Il y avait aussi le sentiment d'échec, qui me guettait, comme souvent.
Avec l'aide du programme Al-Anon, une réalité s'est imposée comme une évidence :
Ce succès derrière lequel je courrais n'étais pas une attente de mon psy mais une attente de mes parents que je projetais. Mon psy n'avait pas de dessein pour moi, comme il me l'avait dit à maintes reprises.
J'avais le droit de me montrer faible et humaine, de montrer mes limites, de dire que je n'y arrivais pas, j'avais le droit d'être moi-même, c'est à dire quelqu'un de sensible, et relativement effacé.
Je ne pouvais changer les circonstances de ma vie, mais bel et bien les accepter pour me placer sur un nouveau chemin.
C'est là que j'en suis, seulement à la recherche de qui je suis, de qui je serai, à la découverte de qui je ne suis pas...