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| LEÇON NUMÉRO 1 : DÉCOUVRIR LES RÈGLES ET LES APPLIQUER |

Sans doute les règles ont-elles été énoncées de façon confuse dans
l'enfance. C'est pourquoi le mégalo croit avec beaucoup de conviction
que les règles ne s'appliquent pas pour lui. Il trouve toujours les meilleures
justifications du monde pour ne pas suivre les règles. Il pratique le marchandage pour se
permettre de ne pas suivre les règles.
Exemple : Pendant des années j'ai travaillé douze heures par jour,
j'ai emmené du travail à la maison, je n'ai pas pris toutes mes vacances. La notion de durée
du travail ne s'appliquait pas pour moi. Donc si maintenant je passe mes journées à discuter
avec mes collègues ou à tchatter sur Internet, ce n'est qu'une compensation. Puisque je n'ai
pas pris mes vacances, je peux maintenant prendre plus de jours de vacances que les autres.
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| LEÇON NUMÉRO 2 : CESSER DE JUSTIFIER |

Je me suis servie de quelques années de travail intense pour justifier le
plus grand laxisme. Lors du passage aux 35 heures, au moins une règle a été énoncée. A ma grande
surprise, je me suis aperçue que j'atteignais péniblement 35 heures. Faute d'un calcul
élémentaire, tout le monde croit faire les horaires normaux. La justification la plus facile
est : "tout le monde le fait".

Tout le monde ou presque utilise à des fins personnelles l'ordinateur, le scanner, la papeterie
de l'entreprise. Je ne sais pas comment définir cette pratique. En bon mégalo, je pense que
cette utilisation sert à rétablir l'égalité entre ceux qui peuvent s'offrir ce matériel
personnellement et les autres. Le mégalo est communiste à ses heures.

Il n'est pas toujours facile de découvrir les règles lorsqu'on a vécu dans le monde agité de
la mégalomanie. Les limitations de vitesse, certes, mais le mégalo (monsieur tout le monde en
fait) a toujours une bonne justification pour expliquer qu'il puisse rouler à 130 par temps
de pluie (je n'ai même pas mis les essuie-glace). Il tente le sourire enjôleur pour expliquer
qu'il stationne n'importe où. Il en rajoute en montrant son caducée.

Les bavardages : le mégalo est bavard, soit qu'il raconte sa vie, soit qu'il se prend pour un
grand psy et écoute la vie des collègues, soit qu'il se prend pour un être altruiste en
discutant avec celui avec qui personne ne discute. Toutes ces bonnes raisons l'empêchent
de quitter la machine à café dix minute après l'avoir rejointe. Et le poussent à poursuivre
ses conversations diverses dans les couloirs, les bureaux, etc...
Justification : avec tout le temps que je viens de perdre en réunion...
je peux bien...

Souvent le mégalo n'a pas la moindre idée où trouver les règles. L'absence de règles lui a été
énoncée par d'autres mégalos et ses collègues sont mégalos. Le mégalo se fout des règles, ne
supporte pas qu'on lui impose quoi que ce soit, ne porte pas son badge, ne se sent pas concerné
par l'interdiction de la cafetière dans son bureau, déchire rageusement la circulaire, et en
profite pour fumer les pieds sur la table.
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| LEÇON NUMÉRO 3 : PLUS DE LAXISME |

Même s'il fait preuve d'une grande rigidité et exigence envers autrui, le mégalo fait preuve de laxisme dans son travail et sa vie quotidienne.
Laxisme dans l'application des règles.

Laxisme dans le travail : le mégalo ne range pas...
Justification : il n'a pas le temps,
il a des choses bien plus importantes à faire... Le mégalo a tendance à saboter le travail
en fin de journée, pris d'un accès de fainéantise (mais il ne faudrait surtout pas employer
ce terme, avec tout le travail qu'il fait). En fait, le mégalo est beaucoup plus rapide
que les autres, il a besoin de passer moins de temps sur un projet.
Il lit plus vite (il survole). Il sait tout (superficiellement).

Pendant ses études, c'était déjà comme ça. Le petit génie avait (presque) fini avant même de
commencer. Il était capable de s'avaler la thermodynamique en une nuit et il aurait (presque)
pu ne pas se planter aux partiels. Il a manqué de chance car s'il avait potassé un autre
chapitre, il aurait pu avoir un 19. Ce sera pour l'année prochaine. Mais cet échec est
l'un des éléments dans l'engrenage fatal.
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| LEÇON NUMÉRO 4 : PLUS DE COMPENSATION |

Evidemment, le mégalo bien qu'il soit un surhomme se plante.
Il manque parfois de chance, on ne peut pas tout avoir. Et il va vouloir surcompenser en en rajoutant.
Pour effacer ce semi-échec, il va s'inscrire à des cours supplémentaires, vouloir rajouter des cordes
(bien minces) à son arc. Tout son cv va se mettre à refléter son échec.
CV suspect. Trop de diplomes, trop de certificats, trop
d'expériences diverses, trop de langues prétendûment parlées (les cours de japonais sont
pathognomoniques du mégalo). Au lieu de briller dans un domaine, le mégalo va réussir
médiocrement dans plusieurs. Il en gardera le goût amer de l'échec, la rancoeur envers
les fils à papa qui ont une carrière toute droite (seulement Polytechnique), le sentiment
de n'être pas reconnu, et la surcompensation d'en faire toujours plus, pour pouvoir se glorifier
de ce qu'ils font, tout en refoulant un sentiment d'infériorité grandissant enfoui au fond
d'eux-mêmes.

Pendant cette période d'agitation, ils vont manquer de temps, ils vont marcher sur les pieds
des autres, se faisant mal voir, croyant à leur jalousie à leur égard, provoquer l'exaspération,
en rajouter pour se faire aimer, et découvrir avec de plus en plus d'amertume qu'ils ne sont
pas aimés, douter d'eux-mêmes, et se convaincre de leur grandeur, et se punir par l'échec de
ces pensées de grandeur.
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| LEÇON NUMÉRO 5 : RENDRE À CÉSAR... |

Ou plutôt ne plus prendre à César... Le mégalo pense que tout lui
appartient et cela pour des raisons qui n'appartiennent qu'à lui. Par exemple, parce qu'il
a été ami avec X, il juge que les affaires de X lui reviennent de droit après son départ.
Ou bien, ce qu'il a généreusement donné à Y (avec l'arrière pensée de tirer des avantages
de son extrême générosité), il ne supporte pas de le voir chez Z et le reprend aussitôt
sans informer personne. Le mégalo a une façon bien à lui de revisiter l'historique de ses
dons divers et s'improvise parrain des pauvres objets abandonnés. Tout ce qui dort dans les
tiroirs lui appartient de droit, du droit spécial du mégalo !
(Il ne supporte pas de voir des objets inutilisés).
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| LEÇON NUMÉRO 6 : NE PLUS ÉCHOUER |

Si on se penche sur l'engrenage dont j'ai parlé plus haut, le mégalo
est victime de sa mégalomanie et entre ainsi dans le cercle vicieux de l'échec et de la
surcompensation.

Le mégalo est très exigeant avec les autres tandis qu'il se permet beaucoup de laxisme.
Alors qu'il est intraitable sur la qualité du travail que produisent ses collaborateurs,
il l'est beaucoup moins sur son propre travail
( il est si débordé ! il ne peut se permettre
de fignoler les détails !).

D'ailleurs, ce n'est pas le résultat qui l'intéresse, mais plutôt la beauté et la qualité de
l'effort. Faire tout beaucoup plus vite que les autres, faire trois choses à la fois
(comme son modèle Napoléon). Et peu importe si le résultat n'est pas au rendez-vous de
cette compétition. L'important c'est la compétition elle-même, montrer une organisation
sans faille... jusqu'au moment où le mégalo se punit par un échec.
Combien d'erreurs j'ai commises en fin de journée au moment où je
me congratulais in petto pour mon efficacité. Du genre petite erreur fatale qui impose de
tout recommencer... Mais ce n'est pas grave, le lendemain, je ferai quatre choses au lieu
de trois et peut-être j'en réussirai finalement une !

On voit bien comment se met en place une dynamique d'échec
auto-entretenue. Parce que le mégalo en train de rattraper son erreur de la veille
ne va pas manqer de se mettre à dos ses collègues. Pour aller si vite, il marche forcément sur
les plate-bandes des autres, emprunte leur matériel, ne le leur rend pas parce qu'il n'a pas
le temps, laisse tout en désordre sur son passage, la photocopieuse en panne, le fax sans
papier... De plus après cette journée d'enfer dont il se gargarisera pendant des années
( quand je travaillais quinze heures par jour...),
il va lui falloir plusieurs jours pour récupérer. Ne serait-ce que pour reconstituer
l'historique de ce qu'il a fait. Car le mégalo ne prend pas de notes, il est doué d'une mémoire
fabuleuse et d'un esprit d'organisation qui lui fournit des repères mnémotechniques ! Il va
vivre sur sa mémoire jusqu'à... la panne inévitable, et il passera ensuite de longue journées
à remettre tout enordre, en fouillant dans les dossiers surchargés de ratures et de feuilles
volantes.
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| LEÇON NUMÉRO 7 : DEVENIR ORDONNÉ |

Le mégalo méprise les bureaux vides et bien rangés. Le sien est submergé
de dossiers de toutes formes et de toutes couleurs, dans lesquels il est capable - et il en
est fier - de retrouver une feuille volante en un clin d'oeil. Ce qu'il oublie, ce sont les
heures passées à rechercher un papier mystérieusement enfoui sous ses yeux ! Voyez un bureau
de mégalo et vous ferez immédiatement le diagnostic de mégalomanie.
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| LEÇON NUMÉRO 8 : SE COMPORTER COMME SI ON N'ÉTAIT PAS MÉGALO |

A ses heures, le mégalo a conscience de sa mégalomanie.
Surtout quand il se rend compte qu'il vient de faire preuve de mégalomanie devant les autres.
Alors le doute et la honte font leur apparition : N'ai-je pas donné l'impression d'être mégalo ?

Sentiments vite refoulés car le mégalo n'a pas le temps d'avoir des sentiments. Et surtout il
ne peut pas se le permettre car la dépression le guette. Jeter ne serait-ce qu'un regard vers
le champ de bataille qu'est sa vie professionnelle, c'est visualiser un échec cuisant. Qu'il
faut vite rattraper (annuler) en en faisant toujours plus
( surcompensation). Quand le mégalo regarde en arrière, examine les dossiers mal classés,
les brouillons qui ne peuvent servir à nul autre qu'à lui-même, les objets mal étiquetés,
le doute le saisit. Ne faudrait-il pas tout recommencer à zéro ? Qu'y a-t-il de fiable,
d'utilisable dans tout cela ? Est-ce que ça vaut la peine d'avoir dépensé tant d'énergie
pour des résultats aussi médiocres ? Ce fameux effort, qu'il vénère tant, n'est-il pas plutôt
une souffrance permanente ?
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| LEÇON NUMÉRO 9 : APPRENDRE L'HUMILITÉ |

En bonne mégalo, j'ai toujours visé haut en matière d'humilité : celle
de Gandhi m'allait bien. Sans savoir que pour accéder à l'humilité de Gandhi, il fallait
tout d'abord être Gandhi. Ainsi j'ai longtemps fait preuve d'une humilité de façace en me
convaincant qu'aucune tâche ne me rebutait. J'ai cru me faire bien voir dans ma mégalomanie
en accomplissant les tâches les moins valorisantes avec un mélange de honte et d'orgueil.
C'est tout moi ! Et cela avec excès, bien évidemment !

L'humilité dont je parle ici, c'est celle qui est nécessaire pour vaincre la mégalomanie.
Reconnaître qu'on a tout (ou presque, ne tombons pas dans l'excès une fois de plus) fait
de travers, et décider désormais de faire les choses à l'endroit, en commençant par le
commencement.
Si l'on m'avait dit il y a encore peu de temps que pour apprendre
le japonais, j'allais commencer par apprendre l'alphabet, j'aurais protesté vertueusement
que je possédais déjà trois méthodes pour apprendre cette langue, que j'avais commencé au
Tome 2 et que je n'étais plus une débutante et que les Kanji étaient bien plus
amusants !

Et bien, l'humilité, c'est de commencer par le commencement dans pratiquement tous les
domaines où s'exprime la mégalomanie.
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| LEÇON NUMÉRO 10 : COMMENCER PAR LE COMMENCEMENT |

Dans notre nouvelle vie, où nous ferons tout pour cacher notre mégalomanie,
il sera nécessaire de repartir humblement à zéro.

Commencer par faire de la place sur notre bureau même si des milliers de choses plus
importantes nous attendent. Commencer par élaguer dans nos activités multiples et anarchiques.
Commencer par arriver à l'heure, par respecter les horaires de travail et nos collègues, par
ranger nos affaires et surtout celles qui ne sont pas à nous, par laver notre tasse de café
(car bien entendu, nous sommes (étions) les seuls à ne jamais laver notre tasse de café.
Justification : c'est la nôtre bien à nous, payée avec nos sous (même si on l'a récupérée
au départ de Y, ou si on l'avait offerte à X) et personne d'autre ne doit s'en servir.
Commençons donc par faire quelque chose pour nous-même, pour cet être plein de souffrance
et d'énergie qu'est le mégalo, boire notre café dans une tasse propre.
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| LEÇON NUMÉRO 11 (BONUS) : COMMENCER MAINTENANT |

Ce n'est pas la première fois que le mégalo prend de bonnes résolutions.
Je vous propose donc de laver votre tasse maintenant (pendant que je lave la mienne).

...
Ouf, c'était un peu long, il faut dire que cinq tasses éparpillées...
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