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CHAPITRE I : LES PRÉLIMINAIRES
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DU PSYCHANALYSTE

J'ouvris le portail, montais les huit marches du perron, poussais la porte ouverte. J'aurais sans doute pénétré sans hésiter le bureau du psychanalyste si je n'avais pas été arrêtée par son concierge, un petit homme chauve.

Peu après, le concierge vient me chercher dans la salle d'attente :
«Entrez si vous voulez», me dit-il.

pénétré
Il faut noter ici un premier lapsus : j'ai dit «pénétrer le bureau» et non pas «pénétrer dans le bureau».
L'inconscient parle et se révèle par des mots très significatifs et involontaires.

concierge
Il est fréquent de ne pas reconnaître le psychanalyste après un premier contact téléphonique

pénétré
Ce terme est à connotation évidemment sexuelle, mais ce n'est pas la peine de le faire remarquer encore au patient, d'ailleurs le psychanalyste garde beaucoup de choses pour lui...

«Entrez si vous voulez»
Cette formule d'accueil donne au patient la liberté, la responsabilité d'engager son traitement, pendant lequel il sera toujours traité en adulte.
 
CHAPITRE II : CHOIX DE L'ANALYSTE
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DE L'AUTEUR

J'ai choisi mon analyste dans l'annuaire, et ça a tout de suite collé (en tout cas, ça a tout de suite collé pour ce qui me concerne). Si l'on se penche sur ce choix fait apparemment au hasard, on trouve une bonne dizaine d'arguments (son nom, son prénom, sa rue, sa ville, sa plaque, l'emplacement de son cabinet...) qui ne sont pas anodins et m'ont fait le choisir plutôt qu'un autre.

Ceci dit, il vaut mieux choisir un vrai analyste, plutôt qu'un charlatan (un charlatan risque par exemple de tout faire foirer en couchant avec sa patiente). Une marque de garantie est que l'analyste soit membre d'une école de psychanalyse (lacanienne ou non lacanienne*), parfois jungienne mais c'est rare en France.

Attention, les lacaniens se disent freudiens. Les non lacaniens sont eux-aussi freudiens.
A part, les jungiens, qui sont des psychanalystes avec une vision un peu mystique et qui n'ont pas réussi à percer en France (encore un terme équivoque et significatif).

J'apprendrai plus tard que mon analyste me trouvait bien peu sympathique...
Comment cela pouvait-il être possible ?
 
CHAPITRE III : LE PSYCHANALYSTE ET L'EURO
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DU PSYCHANALYSTE

Au moment de passer à l'Euro, le tarif de la séance* est arrondi au plus juste. Lasse de dépenser une fortune pour me procurer la monnaie nécessaire, j'arrondis à la dizaine d'Euros supérieure.
Ô miracle, mon psy me fait un cadeau : une magnifique pièce de deux Euros.
Au fil des séances, le cadeau se transforme en interférences entre les patients : mon psy a un autre patient en plein transfert* qui lui donne des Euros étrangers. J'en profite pour les transmettre à un ami collectionneur.
(la psychanalyse, elle passe par moi !)
Freud n'avait pas prévu l'Euro !
>> lire aussi : le prix de l'analyse.

Je me suis accrochée au chèque qui me permettait de ne pas évoquer mes rapports à l'argent. Lorsque j'ai enfin payé ma consultation en liquide, le psy m'a dit que c'était mieux (auparavant il m'avait laissé libre).
Il a attendu patiemment...
Le paiement en liquide permet au patient de fantasmer sur l'humanité de son psychanalyste :
«Est-ce qu'il fraude le fisc ?».

Honoraires de la séance
Le paiement de la séance décharge le patient d'une reconnaissance éternelle vis à vis de son analyste, qui serait un obstacle à la liberté retrouvée. Ce paiement peut être symbolique parfois. En principe le tarif n'est pas modifié au cours de l'analyse, l'arrondi à l'Euro supérieur pourrait être vécu comme une brimade ou un cadeau à l'analyste. Les conditions de paiement font partie du cadre (que le psychanalyste sait assouplir devant une patiente hyper-rigide)
 
CHAPITRE IV : CONTRE-TRANSFERT
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DU PSYCHANALYSTE

Si le patient passe presque automatiquement par des périodes d'amour (ou de haine) intenses vis à vis de son analyste, l'inverse existe aussi. Les sentiments négatifs que le psy peut éprouver pour son patient se manifestent par des portes fermées, des oublis dans la salle d'attente, des verrous tirés, toutes réactions qui sont bien sûr inconscientes (involontaires) de la part du psy.

Le contre-transfert* donne au psychanalyste un visage humain et une sorte de faiblesse puisque ses vrais sentiments sont démasqués, il tombe de son piédestal.
Le premier contre-transfert (une porte fermée à clé) m'a plongée dans mon premier épisode de transfert amoureux vis à vis de mon psy.

Bien que contraint à une neutralité bienveillante, le psychanalyste n'en est pas moins humain.
Même si consciemment il reste neutre lorsque le patient l'abreuve d'invectives, il peut inconsciemment manifester son contre-transfert dont l'analyse lui permettra justement de prendre conscience de ses sentiments négatifs refoulés vis à vis de son patient.
 
CHAPITRE V : LA SCANSION
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DU PSYCHANALYSTE

Si Freud accordait des séances de durée fixe, Lacan et ses successeurs ont introduit la scansion* qui consiste à interrompre la séance à un moment significatif, afin de laisser à la réflexion du patient le temps de se faire autour d'une pensée importante. Mon psy, bien que lacanien, a manipulé cette technique avec parcimonie (pour l'instant). Heureusement car j'ai à chaque fois ressenti cette interruption comme une sanction : Il me désapprouvait, me mettait à la porte.

Comme la période actuelle consiste dans un transfert vers le psy de mes différents conflits, ce qui suscite un contre-transfert violent de sa part (il dira encore que je fantasme), je m'attends à ce qu'il emploie à nouveau cette bonne vieille méthode.

Exemple de dialogue :
"Vous êtes un salaud"
"La séance est terminée"
Séance suivante :
"Vous êtes un sale mysogyne"
"La séance est terminée"... etc...
... au moins ce ne sera pas trop pénible...

Ce fantasme de "sanction" est bien caractéristique de la névrose de cette patiente. La scansion vise seulement à interrompre la séance dans un moment significatif.
L'exemple raconté ici est intéressant : le psychanalyste sait se défendre, il survivra à la violence du patient. Et il sera présent (et neutre) à la séance suivante.
 
CHAPITRE VI : LA PROJECTION
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DU PSYCHANALYSTE

Une des premières interventions actives de mon psy a été de me dire : «Cessez de croire que cette personne est comme vous». Et j'ai découvert que l'autre, à mon grand étonnement, pouvait - lui - survivre à un reproche, accepter un refus. Je pensais ne jamais me sortir de situations inextricables parce que l'autre ne supporterait pas que je le laisse en paix.

Mais soyez en sûrs, l'autre n'a pas fini de vous étonner !

La projection est l'art de déformer la réalité en fonction de son propre comportement mental : c'est le fléau qui perturbe beaucoup de relations sociales. On attribue à l'autre ses propres réactions.

Ce faisant, on se trompe.

Les névrosés sont doués pour percevoir les "non-dits". Il s'y sont entraînés dès l'enfance, et cela a entraîné l'émergence de leur névrose. Ils se croient donc doués d'une intuition à toute épreuve. Malheureusement, leur perception est faussée par la projection et leur comportement est parfois inadapté à la situation réelle.
 
CHAPITRE VII : LE TRANSFERT
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DU PSYCHANALYSTE

Un jour, je raconterai mes divers transferts amoureux* sur la personne de mon psy. Si je m'en rappelle car c'était il y a bien longtemps. On guérit aussi de ce type de transfert... Mais sachez surtout que j'ai beaucoup transféré mon patron, mon curé, la police, mes parents. On a tendance à toujours répéter les mêmes situations dans la vie. Cela s'appelle compulsion de répétition. Lorsqu'on a la chance de revivre ces situations en présence du psy, le transfert peut être discuté, disséqué, analysé, et le processus stoppé.

Le transfert peut être amoureux, c'est le cas le plus connu. Le transfert amoureux est une réalité qui se produit plusieurs fois au cours de la psychanalyse. Est-ce que mon psy m'aime ? Est-ce qu'il partage les sentiments extrêmes que je lui porte ? C'est ce que vous vous demandez si vous avez tapé transfert dans un moteur de recherche.

La réponse est : oui, ça lui arrive.

Mais le psy a la sagesse de savoir que cet amour ne s'adresse pas vraiment à sa personne, mais à celle qu'il représente dans le transfert. Le psy - lui - ne se fait pas d'illusions sur cet amour. Et d'ailleurs un vrai psy sait que le passage à l'acte est inenvisageable, ce serait fatal pour la psychanalyse.

De façon plus générale, le transfert est la répétition pendant l'analyse de comportements et de situations déjà expérimentés par le patient à différentes étapes de sa vie. Dans ces situations, le psychanalyste se voit attribuer (indifféremment et successivement) la place du père, de la mère, du patron, du curé, etc... Comme le transfert est artificiel et lié à la situation psychanalytique, il peut être commenté, interprété par le psychanalyste, et renseigne très efficacement sur la réalité intérieure du patient.
 
CHAPITRE VIII : CADEAU AU PSYCHANALYSTE
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DU PSYCHANALYSTE

J'ai voulu offrir des gâteaux maison à mon psy, lorsque je les lui ai tendus, il a reculé comme si le cadeau était empoisonné et a protesté d'un air gèné qu'il ne pouvait accepter. Pourtant, au début de mon analyse, je lui avais envoyé une carte et il m'avait remerciée. Je n'ai plus jamais osé ni lui écrire, ni lui donner quelque chose, ni lui emprunter quelque chose car là aussi, il m'a fait comprendre qu'il de donnait et recevait que des paroles (en plus de recevoir ses honoraires en liquide !). Donc en principe, le cadeau n'a pas sa place entre patient et psychanalyste.

Je pense que faire un cadeau à son psy, c'est tender d'acheter son indulgence. C'est donc une résistance. Dans mon cas, au moment où je lui faisais ce cadeau, j'avais prévu d'arrêter mon analyse quelques séances plus tard. Etait-ce pour mieux lui faire avaler la pilule ?

De même emprunter quelque chose à son psy a quelque chose à voir avec le fétichisme (tenir un objet qu'il a tenu, lire un livre qu'il a lu !) ou même avec la transgression de la situation analytique (chercher à avoir des relations d'amitié ou de camaraderie qui sortent de la situation analytique).

Pourtant, je crois que certains psy acceptent les cadeaux, cela doit dépendre des circonstances !

En effet, offrir un cadeau à son psychanalyste peut être la manifestation d'une résistance*. Et l'accepter, c'est aménager le cadre* psychanalytique, descendre de son piédestal, se montrer humain. La cure psychanalytique se conduit dans l'abstinence, et dans une certaine réserve entre patient et analyste.
 
CHAPITRE IX : AUX SOURCES DE LA NÉVROSE (5/10/03)
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DU PSYCHANALYSTE

En ce qui me concerne j'ai eu une enfance heureuse.

En analyse, c'est bien connu, il faut parler de son enfance.
Mon père n'était pas sévère. Une seule fessée mémorable, et j'ai tout de suite compris qu'il fallait lui obéir.
Ma mère était très gentille. Simplement elle ne tolérait pas mes secrets. «Tu as ton jardin secret», relevait-elle avec dépit. Elle n'était pas curieuse, alors pourquoi lisait-elle une lettre qui m'était adressée ? Elle était si fragile qu'elle avait besoin que sa bonne petite fille s'occupe d'elle, au lieu de sortir avec ses amis.
Sans aucune contrainte, je me suis vouée aux autres, de préférence vieux et inintéressants, j'ai rompu des liens avec des amis et cousins de mon âge pour rester avec mes parents et mes grands parents. Puis j'ai fait de la dépendance affective*
(ou codépendance).

Bien sûr si on connaît l'enfance de mes parents, on ne peut leur en vouloir.

100% des patients névrosés croient avoir eu une enfance heureuse.
On transmet à ses propres enfants ce qu'on a vécu soi-même. Comme nous mêmes avons supporté les mauvais traitements, on pense qu'il faut faire subir les mêmes à nos enfants et on appelle cela éducation. Jusqu'à une époque très récente, on n'éduquait pas les enfants, on les dressait
(voir les livres d'Alice Miller* sur l'éducation noire).
Même lorsque les parents ont la meilleure volonté du monde, ils ne font que reproduire ce qu'ils ont vécu : l'enfant est un clown dont on se moque, une marionnette qu'on exhibe, un pantin qu'on désoriente par des exigences contradictoires.

La névrose est une adaptation aux difficultés de la vie. L'enfant a trouvé tant bien que mal comment concilier des exigences et des notions inconciliables. Pour éviter la peur et l'angoisse, il a refoulé dans les limbes de sa mémoire ses souvenirs traumatisants, il s'est inventé une réalité supportable (une enfance heureuse). Pour faire taire l'angoisse, il a peut-être mis en place des rituels obsessionnels. S'ajoutent aux traumatismes de l'enfance les microtraumatismes de la vie quotidienne, qui renforcent les défenses névrotiques. Bon an, mal an, l'adulte a apprivoisé l'existence au moyen de sa névrose et il s'en accomode plutôt bien. C'est pourquoi il est si difficile d'accepter de changer. Bien qu'il prétende vouloir changer, le patient névrotique va s'accrocher à sa névrose, produire toutes sortes de résistances*. Le rôle du psychanalyste sera donc de mettre à jour les causes de la névrose, et de lutter contre les résistances.
 
CHAPITRE X : SEXUALITÉ (21/02/04)
RÉCIT NOTES DE L'AUTEUR NOTES DU PSYCHANALYSTE

Le plus souvent, je refuse d'aller sur ce terrain, de faire ce plaisir à mon psy, lui parler de sexualité. Par exemple lorsque j'avoue une obsession à type de voyeurisme à son égard, et qu'il m'accuse de m'intéresser à sa vie sexuelle, je nie énergiquement.
Mais parfois, il devient inévitable d'en parler, parce qu'on ne peut guérir sans en parler. C'est comme vomir, c'est atroce mais ça soulage. Alors je glisse rapidement, au milieu d'une séance, pour ne pas rester sur un sentiment de honte, la nature de certaines de mes rêveries érotiques. Car deux personnes co-existent en moi, l'une avec des rêveries "belles" et l'autre avec des rêveries "laides et honteuses". Le psy m'encourage par des "oui" que je juge obscènes. Il me gratifiera d'un "Très bien" à la fin de la séance. Peu à peu, grâce à des "vomissements" espacés, j'ai pu remplacer les rêveries laides par des rêveries belles, j'ai pu m'autoriser à éprouver du plaisir sans m'en punir par la honte.

Les psys aiment qu'on leur parle de sexualité. D'ailleurs Freud n'a-t-il pas relié toute névrose à des problèmes sexuels. Le traumatisme originel serait la vison de la "scène primitive", des parents en train de faire l'amour. L'enfant peut croire qu'ils se battent. Que se passe-t-il dans cette chambre d'où il est exclu ? Il ne peut s'empêcher de chercher à savoir. Lorsqu'il aura été puni, sa curiosité bien naturelle risque de devenir du voyeurisme. Qu'on le veuille ou non, tout tourne autour du complexe d'Oedipe : découverte de la différence des sexes, attrait incestueux pour le parent de sexe opposé, rivalité avec le parent de même sexe, angoisse de castration...

La psychanalyse doit mener à une sexualité normale. C'est à dire où la honte n'a plus de place, où l'on n'a pas besoin d'évoquer des scénarios ou des rituels fétichistes pour aboutir au plaisir. Où le respect de soi et de l'autre est prédominant.
Petit à petit, on s'affranchit des non-dits, des non-nommés, on explore les interdits familiaux, on prend conscience des troubles causés par la répression sévère, par les traumatismes de l'enfance, sans parler des situations vécues comme incestueuses.
L'exemple de répression le plus frappant est celui de la masturbation, pratiquée par environ 90% de la population des deux sexes, et qui est vécue si souvent dans la honte, comme une perversion.