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1° Séance :  La rencontre.

Je frappe à la porte et j'entre, mais il n'y a pas de salle d'attente. Dans la pièce, deux femmes ont l'air de prendre le thé. La sophrologue me reconduit et me demande d'attendre dehors. Apparemment le secret professionnel n'est pas très strict ici.
C'est mon tour, la sophrologue me demande de me déchausser. Ici pas de divan. Je choisis une des chaises. Par terre, un magnétophone pour enregistrer la séance éventuellement.

La sophrologue parle beaucoup, elle mentionne les sept systèmes dont j'ai déjà entendu parler sous le nom de chakras, la vibration des cellules, je n'adhère pas à tout mais je l'écoute avec bienveillance. Elle me promet de régler mon problème en moins de 15 séances. Je suis venue pour améliorer mes relations avec mon chef dont j'ai peur.

La sophrologue suggère : s'il me critique, je dois lui répondre: "J'entends bien, mais je ne suis pas d'accord". S'il insiste : "je refuse d'être le miroir de vos projections négatives." et je dois comme exercice dès le lendemain lui dire un grand bonjour en le regardant dans les yeux, en ajoutant un "Ca va ?" un peu hautain. Puis vient l'exercice de respiration abdominale, de prise de conscience de tout le corps, de chaque chakra successivement. J'apprends à me camper sur mes jambes, bien adaptée à ce monde. Je me projette dans un beau paysage que j'expérimente avec tous mes sens. Puis dé-sophronisation.

Je sors l'esprit complètement vide de tout souci, tellement vide que je vais grignoter, pour combler ce vide.Le lendemain, je fais mon exercice, je dis un grand bonjour à mon chef, je m'oppose à lui sur des questions extra-professionnelles. Expérience réussie.
Le jour suivant, je n'ai pas envie de pratiquer le même exercice mais au lieu de fuir mon chef, je lui dis bonjour en le regardant droit dans les yeux.

Je m'aperçois que je n'avais aucune envie de régler mes problèmes avec lui, c'est pour cela que mon analyse traîne là-dessus depuis trois ans. La sophrologie a vaincu une résistance.
D'ailleurs je ne veux pas continuer, ces exercices me semblent tout à fait ridicules.
En plus le problème de mon chef semble déjà réglé, je n'ai plus peur de lui.
Je vais quand même à ma séance suivante que la sophrologue a fixée sans trop me demander mon avis.

 
2° Séance :  les chakras.

Au moment de commencer les exercices, j'éprouve le besoin de parler. La sophrologue consulte son agenda: Nous avons du temps, dit-elle. Je ne voulais pas abuser de son temps, mais c'est elle qui questionne.

Tout mon mal-être professionnel vient à la surface. Au moment de commencer l'exercice, la cliente suivante frappe à la porte et soupire quand on lui dit d'attendre dehors. Ces exercices me semblent interminables et j'ai peur que la dame ne s'en aille. Heureusement, les exercices sont différents de la fois précédente. J'ai droit à une sophro-vitalisation. On prend conscience de ses deux hémi-corps par des tensions-relaxations successives.

Par les chakras, j'expulse les tensions négatives, les rancoeurs, les colères. Je forme de grosses boules de colère que je vais jeter au loin. Je vais vivre de façon positive une situation qui m'angoisse et que je ne pouvait pas envisager sans un sentiment de nausée.

Tout se passe bien, des possibles meilleurs apparaissent. Après un passage dans le beau paysage, c'est la marche virtuelle qui met en mouvement très dynamique tout le corps. Au moment de payer (30 Euros, et la séance a duré deux heures), je fais mon chèque. Pas de paiement en liquide ici.

J'ai été contente que les exercices se diversifient. Et ma poignée de main a déjà changé, dixit la sophro. Et j'ai conscience d'avoir déjà réglé là des problèmes que je ne voulais absolument pas aborder.

 
3° Séance :  le changement.

Bien décidée cette fois-ci à ne pas abuser du temps de ma sophrologue. J'apprends que la cliente raleuse n'est pas réapparue. Cela ne semble pas affecter la sophrologue qui me dit que la dame n'était pas prête et qu'elle se serait épuisée à l'aider malgré elle.

Ce jour, la sophrologue s'attache à rechercher le changement chez moi. Quand je dis que je ne suis pas plus malheureuse qu'une autre, elle me rétorque que moi, je fais une démarche, que je suis prête à aller mieux. Elle m'encourage à des folies, des vacances dépaysantes où je m'en mettrais plein la vue, elle m'encourage à la révolte, elle m'interroge en faisant la voyante : Je sens la peur de telle personne, dit-elle par exemple. Et moi d'avouer. Elle m'a fait miroiter des changements possibles et me propose un exercice de revitalisation. Je dois prononcer des syllabes et les faire passer d'un chakra à l'autre dans les temps de la respiration.

Seul problème, cet exercice recharge en énergie libidinale, dit-elle. On verra bien. A la fin je dois me projeter dans une situation positive que je veux vivre dans moins de deux ans. Je me vois à une réception où l'on fête mon succès, et où je suis tout à fait à ma place. Je goûte le champagne à la mûre. S'agit-il d'un succès professionnel, d'un cocktail chez mon éditeur, ou bien d'un concours de danse, comme ajoute la sophrologue qui a deviné cette future passion (lecteur, l'avais-tu devinée aussi ?).
A la fin de la séance, après l'obligatoire dé-sophronisation, je dois donner mes impressions.  Et je sors très contente.

Le changement, voilà le mot-clé. Facile à lire, à entendre mais beaucoup moins à intégrer, et encore moins à appliquer. Toutes ces thérapies, quelles qu'elles soient, recherchent un changement. Avez-vous déjà vu un embouteillage dans une ville méditerranéenne ? Cela semble insoluble.

Mais millimètre par millimètre, de petits mouvements de voiture vont permettre à tout le monde d'avancer. Les thérapeutes cherchent au minimum à induire ce changement millimétrique qui, s'il est poursuivi, devra permettre de tout résoudre. On croit souvent que tout est bloqué, on a une objection prête pour toute suggestion de changement (oui, mais ma mère, mais mes enfants, mais mon mari, mais... mais... mais...).

La thérapie a pour but de proposer des alternatives. Encore faut-il que le patient les accepte ! J'ai lu dans une biographie d'Erickson, le pionnier de l'hypnose thérapeutique, qu'il obtenait des changements par des moyens détournés, comme envoyer le patient à la bibliothèque municipale pour se documenter. Et là le patient faisait de nouvelles rencontres, changeait d'itinéraire, modifiait son apparence...

En voyant l'énergie avec laquelle ma sophrologue me proposait des activités un peu folles, je pense que son approche est identique.

 
4° Séance :  l'esprit vide.

Il faut vraiment que j'arrête tout avant que cette maudite sophrologue me fasse vraiment changer. Pour qui se prend-elle à me dire ce qui est bien pour moi ou pas ?

Au moins mon psy lui ne se mêle pas de mes affaires. D'après la sophrologue, dans quelques séances, je serai capable de faire des choix, de décider ce qui est bon pour moi ou pas. Et si je ne veux pas faire des choix ?

Elle pressent et me prévient que je suis au bord de la rupture avec la sophrologie (résistance au changement?). Cette fois-ci, on va arrêter la machinerie de mon cerveau qui tourne sans arrêt.

D'après la sophrologue, "je pense donc je ne suis pas". Elle débusque la pulsion de mort en moi, la tristesse. Elle me projette dans une situation heureuse de l'enfance avec ma grand-mère et le sentiment que je ramène avec moi c'est l'insouciance.

Avant ou après une sophro-vitalisation. Puis je me projette dans une situation future agréable. Je ressors l'esprit vide, revigorée et paraît-il, je rayonne. Quand même, j'ai hâte de retrouver mon psy, lui au moins ne se mèle pas (trop) de mes affaires même si lui aussi m'envoie des piques pour me pousser au changement...

 
transfer-interrupted... la suite aux prochaines vacances du psy...